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On pourrait qualifier la photographie d’insectes d’étape incontournable dans la vie d’un photographe. Que ce soit après l’achat de son premier appareil photo ou que l’on voue une véritable passion au petit monde animal, on s’adonne tous à un moment ou un autre à ce genre photographique. Plus globalement, en photographie animalière on peut distinguer 2 styles photographiques qui s’opposent : la photographie naturaliste et la photographie  artistique dites créative. Quand la photographie naturaliste s’attache à l’identification de l’espèce photographiée, la photographie artistique se concentre sur la mise en valeur du sujet. C’est cette deuxième option que nous allons aborder dans cet article. Comment faire entrer vos macrophotographies et proxiphotographies dans une autre dimension ? 

Entre règles de composition, partis pris et astuces pratiques, je vous révèle quelques secrets de fabrication d’une belle photo d’insectes .

Préambule

Cet article est un complément au billet publié quelques mois plus tôt : comment faire de la macrophotographie. À quelques semaines de l’ouverture du plus grand festival de photographie nature de France à Montier-en-Der (14-17 novembre 2019) un article sur la photo nature était tout indiqué 🙂 .

La créativité en photographie d’insectes et … le matériel photo

Nul besoin de disposer de matériel photo sophistiqué et récent pour exprimer son sens artistique dans la photographie d’insectes. Pour ma part, le reflex que j’utilise dans mes proxiphotographies date de plus de 10 ans et mes objectifs sont utilisés à 100% en mise au point manuelle. En revanche il peut être utile de disposer de certains accessoires pratiques sur le terrain : 

  • une télécommande pour réduire les vibrations sur le boîtier
  • un trépied (quand cela est possible) pour s’assurer d’une parfaite composition
  • un réflecteur/ diffuseur d’une cinquantaine de centimètres
  • un coussin fin
  • des pinces et de la ficelle

Comme ce n’est pas le sujet de cet article, je clôture donc ici ce chapitre sur le court matériel indispensable qui vous permet de réaliser de belles images macro d’insectes.

1. Photographiez les insectes le matin ou en fin de journée

Si vous souhaitez photographier au mieux les petites bêtes dans leur environnement, il faut qu’elles soient tranquilles, à défaut d’être coopératives ? . Pour cela, photographiez le matin avant 9h et le soir en fin de journée. Les insectes sont de manière générale des animaux poïkilothermes (autrement dit à sang froid). Leur température corporelle et donc l’intensité de leur activité dépend de la température ambiante. En dessous de 20°C vous profiterez d’une plus grand liberté d’action pour photographier ces petits êtres. Vous éviterez au passage certaines crises de nerfs à courir derrière votre sujet.

Le matin ou le soir est également propice à la meilleure lumière naturelle qui soit. Une lumière et des ombres qui feront honneur à l’insecte que vous photographiez. À moins d’user d’artifices, je vous conseille donc d’arrêter de photographier les insectes en plein soleil et en milieu de journée !

Libellule photographiée au soleil couchant par Patrick GOUJON
Libellule photographiée au soleil couchant par Patrick GOUJON

2. L’utilité d’un réflecteur ou diffuseur en macrophotographie

Parmi tous les accessoires, il y en a un qui ne me quitte jamais : mon fidèle diffuseur / réflecteur 5 en 1 de 50 cm. 

Réflecteur 5 en 1
Réflecteur 5 en 1

Alors bien sûr pour utiliser efficacement ce type d’accessoire vous devrez travailler sur trépied (ou faire appel à un ami). Ne sous-estimez pas cet équipement léger qui comporte plusieurs fonctionnalités pratiques. Il projette une ombre tamisée et réduit ainsi les contrastes trop violents de la scène. La fonction réflecteur renvoie également un supplément de lumière, quand celle-ci vient à manquer ou débouche un léger contre-jour. Quelquefois il me sert de coupe-vent sur une scène et j’ai même remarqué un léger effet hypnotisant sur les animaux (en  l’approchant lentement).

L’illustration ci-dessous permet de se rendre compte de son efficacité.

Illustration d'un diffuseur sur une mante par Patrick GOUJON
Illustration d'un diffuseur sur une mante par Patrick GOUJON

3. Recherchez la stabilité et la netteté à tout prix !

Il serait fort dommage de vous trouver devant de magnifiques insectes et de ne ramener que des photos floues. La recherche de la netteté est un point essentiel dans la photographie d’insectes. La mise au point doit être parfaite et au bon endroit !

Si vous photographiez avec un trépied, vous augmentez vos chances d’une bonne mise au point. Si vous associez l’utilisation d’un trépied et d’une télécommande vous prenez une sérieuse option pour une photo nette.

En revanche si vous adoptez la photographie à main levée, je vous conseille de :

  • vous servir de vos coudes comme point d’appui sur votre corps
  • de bloquer votre respiration lors du déclenchement
  • d’augmenter la vitesse d’obturation (multiplier au moins par 2,5 ou 3 votre longueur focale – exemple : avec un objectif de 100 mm vous ferez attention de ne pas descendre en dessous de 1/250-1/320s)
  • cadrer un peu plus large et recadrer ensuite en post-traitement
  • photographier si possible boîtier au sol

Choisir un mode de visée par l’écran (Liveview) est une autre manière d’optimiser sa zone de netteté. Le mode de visée par liveview possède la caractéristique d’agrandir par 5 ou 10 une portion de votre image. Encore une fois cette fonctionnalité est plus confortable lors d’une utilisation sur trépied.

Illustration d'une prise au Liveview par Patrick GOUJON
Illustration d'une prise au Liveview par Patrick GOUJON

4. Faites des choix …  pas des compromis

Il est tentant de vouloir amener un maximum de matériel et plus précisément de nombreux objectifs photo. Je vous encourage à faire un choix réfléchi avant votre balade. Ce que vous perdrez en poids et volume vous le gagnerez en confort, opportunité photographique et recherche créative.

Mon conseil ici : ne vous dispersez pas et optez pour un seul objectif photo par sortie. Cette fausse contrainte vous demandera une vraie réflexion photographique une fois sur le terrain. Vous êtes sceptique ? Multipliez cette démarche régulièrement … et appréciez votre évolution en photo :).

5. La photographie d’insectes avec une longue focale

Vous aimez le bokeh ? Vous aimeriez jouer plus facilement sur l’isolement de votre sujet dans l’image ? Alors peut-être que la solution est l’allongement de votre longueur focale.  La majorité des insectes se trouvent généralement dans un environnement encombré. L’idée principale ici est de créer artificiellement une scène plus épurée qui donnera toute sa force visuelle au sujet. Si vous disposez d’un téléobjectif  avec une focale comprise entre 200 et 300 mm (équivalent capteur plein format) et que sa mise au point minimum se situe en dessous de 120 cm c’est parfait ! Vous pourrez jouer subtilement sur la profondeur de champ, même si le sujet n’est pas très grand.

Si vous disposez d’un objectif spécial macro dont la focale se situe entre 90 et 105 mm (la grande majorité des objectifs macro), je vous encourage à tester l’ajout d’un multiplicateur X1,4. Croyez-moi, vous apprécierez l’allongement supplémentaire de 40% de votre focale. En effet, plus votre focale est longue, plus votre arrière-plan se floutera rapidement. Si vous associez une longueur focale conséquente et une courte distance entre le sujet et vous, vous obtenez le style d’image présentée ci-dessous.

Empuse dans son végétal par Patrick GOUJON
Empuse dans son végétal par Patrick GOUJON

La composition et le rendu d’un bokeh en macrophotographie et proxiphotographie mériterait un article complet à lui tout seul.

6. Ne photographiez pas les insectes en plongée

Si cela ne relève pas d’un parti pris, ne photographiez jamais les insectes en plongée. La prise de vue d’un insecte par dessus donne rarement une image équilibrée et esthétique. Dans ces conditions non optimales, vous avez de grandes chances d’avoir un arrière-plan très présent (le sol !)  et un sujet peu lisible.

La pratique de la photographie d’insectes est plus physique qu’il n’y paraît. Vous alternez sans cesse une position debout, à genoux et couché. Ma position préférée est sans conteste la position allongée. Les possibilités créatives sont sans limites. Le sol devient alors un véritable terrain de jeu et vous testerez différentes solutions pour jouer sur la profondeur de champ. Autre détail important, votre image sera dépourvue de la démarcation plus ou moins présente de la ligne d’horizon.

L’illustration ci-dessous représente une prise de vue au sol. Les éléments flous sont composés de milliers d’aiguilles de pins, que j’ai disposées en plusieurs petit tas, et que j’ai réparties à des distances différentes entre mon objectif et cette magnifique mante religieuse. Vous pensez que j’aurais eu le même rendu si je l’avais photographié en plongée ?

Mante religieuse sur sa pomme de pin par Partick GOUJON
Mante religieuse sur sa pomme de pin par Partick GOUJON

7. L’élément qui fait une image d’insecte Wahou

Il faut à présent apporter la touche finale qui va magnifier votre composition : la lumière. Il va de soi que votre sujet doit être correctement exposé. Mais ce que je veux souligner, c’est le caractère narratif de l’image par la lumière et les ombres. Pour ce faire, incluez judicieusement un point ou une percée de lumière dans votre composition. Attention au contre-jour.  Ne tombez pas systématiquement dans les ombres chinoises. Il faut garder de la matière sur l’ensemble de votre image. Voici une illustration de mon propos.

Illustration d'un point de lumière dans l'image
Illustration d'un point de lumière dans l'image par Patrick GOUJON

Synthèse

La photographie d’insectes a cet avantage de ne pas dépendre essentiellement du matériel utilisé ou d’une technique spécifique. Votre vision photographique compte plus que tout dans la qualité d’une bonne séance de prise de vues d’insectes. Les astuces énoncées dans ce billet relèvent pour beaucoup du simple bon sens photographique. Associez à présent ces règles élémentaires et une pratique régulière en milieu naturel pour progresser efficacement.

Ah j’oubliais ! Soyez curieux et facilitez vos futures prises de vues, en vous renseignant sur le comportement de toutes ces petites bêtes qui nous entourent.

Avatar de Patrick Goujon
Auteur

Photographe passionné spécialisé dans la macro et proxi photographie créative. Amoureux de la nature et aussi un peu geek sur le matériel photographique ?.

5 Commentaires

  1. Avatar de Patrick Goujon
    Francis Champemont Répondre

    j’étudie les papillons et insectes et pour cela je fais énormément de photos. Un papillon ou un insecte se pose mais ne prend pas la pose; nous n’avons que quelques secondes pour immortaliser l’instant. Je m’interroge quand à l’utilisation de trépied et retardateur qui sont des mises en oeuvre trop longues et perturbent le sujet qui prend rapidement la fuite. Pour ma part j’utilise un NIKON D5100 et les objectifs suivants : Sigma 18-300 mm os, Nikon 55-200 vret un Nikon 40 mm micro non stabilisé. Je prend mes photos à « main levée » toujours sur la grande focale et la grande ouverture en réglant l’autofocus sur le point central en montant à 400 iso ou plus selon la luminosité. Avec le 40 mm micro j’augmente l’ Iso pour obtenir un déclenchement rapide pour atténuer le bouger de l’appareil. Cordialement; Bon confinement
    Francis Champémont

  2. Avatar de Patrick Goujon

    Merci pour ces conseils et votre partage.Jeune photographe(67 ans mais débutant depuis 2 ans)tus conseils sont bons à prendre.Bravo pour les menthes.

  3. Avatar de Patrick Goujon

    Bonjour Patrick.
    Je viens de lire rapidement votre tuto sur la PDV des insectes.
    Une erreur s’est glissée dans vos explications.
    Vous avez confondu plongée et contre-plongée.
    La plongée (en photographie) étant (bien logiquement) une PDV en regardant d’en haut vers le bas et, vice-versa pour la contre-plongée du bas vers le ciel.
    Bien cordialement.

    • Avatar de Patrick Goujon

      Complètement d’accord avec vous Monsieur Gauthier. Autant la gauche et la droite ne me pose aucun problème, autant le terme de plongé et contre-plongé me donne du fil à retordre. Et comme vous le souligner très justement, c’est logique !
      Merci pour votre rectification 🙂

      • Avatar de Patrick Goujon

        Bonsoir Patrick,
        Un petit moyen mémo-technique pour vous en souvenir :
        – La plongée, c’est comme lorsque vous plongez dans la piscine…
        – La contre-plongée, c’est comme lorsque vous remontez vers la surface (ou vers le ciel) !!!
        Voilà, c’est tout bête.
        Cordialement.

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