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Canon a officialisé le développement de l’EOS R3, son prochain hybride plein format haut de gamme. Avec 30 im/s et un rolling shutter réduit, il devra affronter le Sony α1 et le futur Nikon Z9. Il marque aussi le retour du contrôle oculaire de l’autofocus, que Canon a déjà utilisé par le passé.

Si vous êtes habitué à la numérotation Canon, l’utilisation du chiffre 3 vous dit quelque chose. L’EOS 3, lancé en 1998, était le remplaçant de l’EOS 5 sur le marché des amateurs experts. Mais il ne s’agissait pas d’une simple mise à jour : beaucoup plus avancé que son aîné, il affrontait sans rougir et dépassait même parfois le sommet de la gamme, l’EOS-1N. En particulier, il recevait une protection tout-temps et inaugurait un système autofocus entièrement nouveau. Avec ses 45 points de corrélation de phase, ce module allait former la base de l’AF de l’EOS-1V et des modèles suivants jusqu’à… l’EOS 1D Mk IV de 2009 !

Ergonomie : l’EOS R3, le petit frère du 1D X

Logiquement, l’EOS R3 lorgne donc les professionnels, bien que Canon se laisse une petite marge pour surenchérir à l’avenir. Premier élément notable : il est « monobloc », comme les EOS série 1. Sa poignée verticale facilite la prise de vue en orientation portrait. Elle permet aussi d’éliminer le joint d’une poignée amovible, source potentielle d’infiltrations : les utilisateurs ne pensent pas toujours à le nettoyer lors de l’assemblage. Canon annonce ainsi que l’EOS R3 aura le même niveau de résistance aux intempéries que les derniers EOS-1D — ceux qui ont photographié un rallye sur terre sous la pluie apprécieront.

Silhouettes des Canon EOS R5, EOS R3 et EOS-1D X Mk III
Sur ce schéma, les montures ont été superposées. Le Canon EOS R3 devrait mesurer environ 14,9×14,4 cm. Il est coupé aussi court que le R5 côté prises, mais sa poignée est plus large que celle du 1D X.

Le boîtier de l’EOS R3 n’est cependant pas simplement celui d’un EOS R5 auquel la poignée BG-R10 aurait été soudée. C’est un nouveau design, plus large d’un centimètre à la droite de l’objectif. Il ménage ainsi le même dégagement entre l’optique et les doigts du photographe que l’EOS-1D X. Parfait donc pour les utilisateurs d’objectifs imposants comme les nouveaux 400 et 600 mm, parfois à l’étroit sur certains hybrides.

Position des touches des EOS R3 et 1D X

Il reprend également les deux touches personnalisables placées sous le majeur et l’annulaire. Détail important pour les professionnels qui passeront d’un appareil à l’autre : les positions de ces boutons par rapport au déclencheur et à la poignée sont identiques, au millimètre près, entre l’EOS R3 et l’EOS-1D X Mk III.

En revanche, viseur électronique oblige, l’imposant prisme de la famille 1D laisse la place à une petite bosse plus discrète. En hauteur, l’hybride fera donc deux bons centimètres de moins que le reflex, ce qui permettra de le glisser dans des sacs plus variés.

Électronique : nouveau capteur empilé

En son temps, l’EOS 3 avait inauguré un nouveau module AF, beaucoup plus performant que ses prédécesseurs. À sa manière, l’EOS R3 perpétue cet héritage. Mais le système autofocus étant désormais intégré au capteur, c’est celui-ci qui vit une petite révolution. Un point reste mystérieux : sa définition. Canon visant explicitement les sportifs, elle pourrait être relativement faible — en tout cas par rapport à l’EOS R5. Canon n’a pas non plus donné d’informations sur la vidéo. Là encore, étant donnée la cible, il est plausible que l’EOS R3 se contente de la 4K.

En revanche, nous connaissons l’architecture de ce capteur : c’est un CMOS BSI empilé, une grande première pour Canon. Comme chez Sony, ce changement se traduit par une lecture ultrarapide. L’EOS R3 pourra photographier à 30 im/s, comme l’Alpha 1. Le rolling shutter serait aussi fortement réduit.

Un autofocus revu…

Ce nouveau capteur profite naturellement de la technologie maison, le Dual Pixel AF : chaque photosite comporte deux photodiodes, traitées séparément lors de la mise au point. L’autofocus à corrélation de phase fonctionne ainsi sur l’ensemble du capteur. Le Dual Pixel est souvent associé à une plage dynamique et une sensibilité légèrement inférieures ; mais le passage à une architecture empilée pourrait corriger cette faiblesse. En théorie, les diodes en surface et les circuits de lecture différents peuvent être plus favorables au Dual Pixel que les technologies précédentes.

Logo de l'AF du Canon EOS R3
Illustration du suivi de sujets de l’EOS R3.

Canon annonce aussi un « nouveau sujet [pour le] suivi AF ». L’autofocus de l’EOS R5 reconnaît déjà les gens, les oiseaux et certains animaux terrestres. Quelle sera la nouveauté ? Mystère.

…qui répond au doigt et à l’œil !

Voici probablement la principale raison qui a poussé Canon à choisir le chiffre 3 pour ce modèle. L’EOS 3 est le dernier reflex à avoir intégré l’Eye Control Focus (ECF). Ce système exclusif permettait de piloter l’autofocus en regardant le sujet : un capteur surveillait les mouvements du globe oculaire et sélectionnait le collimateur le plus proche de l’endroit où le photographe regardait.

Ce système n’était pas parfait. Il fallait l’étalonner soigneusement et, même ainsi, certains utilisateurs ne parvenaient pas à obtenir une fiabilité satisfaisante. Mais ceux pour qui il fonctionnait bien l’adoraient. Petite anecdote personnelle : j’ai entendu un ancien photographe demander son retour avec véhémence aux responsables de Canon lors du lancement de… l’EOS 5D Mk III, en 2012 ! Preuve s’il en faut que l’ECF avait ses amateurs.

Brevet Canon Eye Control AF
Extrait du brevet de Canon. 10 : écran du viseur électronique. 13a-f : diodes infrarouges éclairant le globe oculaire. 17 : capteur placé derrière un miroir semi-transparent, capable de repérer la pupille et de reconnaître l’utilisateur.

L’EOS R3 disposera d’un système analogue, baptisé Eye Control. En deux décennies, la précision et la fiabilité du pointage auront sans doute beaucoup progressé. Canon n’a pas directement communiqué sur les évolutions de son système, mais le brevet US 2021/0051265 (déposé en 2020) donne des indications. Il prévoit en effet d’identifier automatiquement l’utilisateur, d’apprendre ses habitudes et d’associer l’Eye Control à la reconnaissance des sujets. Par exemple, si l’utilisateur cadre souvent son enfant, l’appareil peut donner la priorité à ce visage-ci lorsque, sur une photo de groupe, il n’est pas certain de savoir exactement qui le photographe regarde.

Ce système devrait donc être plus fiable que celui des reflex de la fin du siècle dernier. Nous sommes impatients de voir dans quelle mesure il permettra de se passer du joystick. S’il est suffisamment efficace, il pourrait révolutionner la vie de ceux qui photographient ou filment des événements sportifs, des animaux, des foules…

Y aura-t-il un EOS R1 ?

C’est donc la question qui demeure. L’EOS 3 avait fait spectaculairement progresser le segment semi-professionnel. Jusqu’à l’intégration de ses innovations dans l’EOS-1V, il était en fait le plus avancé des Canon, seule sa cadence en rafale pouvant frustrer certains utilisateurs.

L’EOS R5 est déjà un appareil extrêmement complet, et l’EOS R3 le dépasse sensiblement dans tous les domaines connus. Il a même la forme d’un appareil professionnel, avec sa poignée intégrée. Et si une chose est d’ores et déjà acquise, c’est que sa rafale sera au niveau des meilleurs. En somme, son électronique attaque le Sony α1, et son ergonomie vise plus haut. De là à imaginer que l’EOS R3 puisse rester durablement le sommet de la gamme Canon, il n’y a qu’un pas…

Avatar de Franck Mée
Auteur

Traducteur, journaliste, pilote privé. Passionné de photo et de cinéma, docteur en binge-watching, mais surtout fasciné par tout ce qui vole, du martinet au Boeing 747. Considère qu'un 200 mm, c'est un grand-angle.

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