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Parce que dix ans passés derrière une batterie, ça laisse son empreinte, Pierre Wetzel prend aujourd’hui un plaisir fou à capturer la musique des gens qui l’entourent. Un photographe portraitiste et auteur photographe, qui, à l’ère du pixel-tout-puissant, a choisi de se spécialiser dans une technique ultra tendance au 19e siècle : le collodion humide. En résulte des clichés loin des standards actuels, témoins d’un univers délicieusement insoumis au.x cliché.s du monde moderne.

La quasi totalité des portraits sont des one shot. J’aime cette idée de ne faire qu’une photo. C’est un luxe incroyable de nos jours…

©Pierre Wetzel

Comment avez-vous entendu parler du collodion humide ? Qu’est-ce qui vous a interpellé dans cette technique ?
J’ai toujours eu un lien étroit avec l’argentique et les pratiques dites « alternatives » et ça fait pas mal d’années que je suis le travail de Quinn Jacobson, Ian Ruther ou encore Michael Shindler, qui ont remis la technique au goût du jour. C’est eux qui m’ont donné l’envie de m’engouffrer dedans.

Vous pouvez nous faire un topo ? Comment ça fonctionne exactement ?
Alors, pour résumer très brièvement, on part d’une plaque de verre que l’on abrase pour ne pas se couper et que l’on nettoie bien (à l’alcool, à l’eau chaude et au liquide vaisselle, au blanc de Meudon). Ensuite on coule le collodion sur la plaque un peu comme une crêpe, en reversant les quelques gouttes de trop-plein dans le flacon. Suit la photosensibilisation dans un bain de nitrate d’argent durant environ 3 minutes. La prise de vue doit se faire ensuite assez rapidement (surtout en été par fortes chaleurs) car comme son nom l’indique, le collodion humide ne doit pas sécher au risque de devenir inopérant. Une fois la prise de vue effectuée (quelques secondes) développement au sulfate de fer, bain d’arrêt puis fixage. Les gestes doivent être précis, rapides et demandent une certaine habitude.

©Pierre Wetzel, Elodie Fréjé, 2018

… C’est un vrai déménagement lorsque vous partez en reportage ? 

Alors, oui, la technique demande une logistique assez importante. Pour ma part, soit je suis à mon atelier, ou bien j’utilise une tente étanche à la lumière ou bien encore ma caravane le « Wunderstudio », une Airstream de 1948. Mais oui, il faut les bacs, les bains, les plaques, la ou les chambres, de l’eau, la chimie. C’est toute une expédition à chaque fois, en effet. Mais je prends plaisir à tout ça. Si je fais 15 photos en une journée, c’est déjà bien.

Vous vous y connaissiez un peu en chimie ou vous avez dû réviser un peu ?
Absolument pas, mais aujourd’hui on a accès à tout le savoir de nos ancêtres. Les forums internet, les bouquins, les discussions dans les groupes Facebook…

©Pierre Wetzel – Dana Ciocarlie et Philippe Katerine, 2017

Comment avez-vous réussi à imposer cette manière de photographier dans une époque où, lorsque l’on est face à des artistes, tout ce qui dure plus de 1mn32 est bien souvent un drame national ?
Ahaha, mais c’est tellement vrai. Disons que j’ai quasiment commencé mon travail de photographe avec le Krakatoa (la salle de concert de Mérignac) il y’a maintenant une 20aine d’années. On ne se posait pas autant de questions. Maintenant, tout est balisé, barricadé, verrouillé et c’est devenu vraiment lourd. Concernant la prise de vue avec les artistes, ça a généralement été organisé en amont et rares sont les fois où les artistes ne sont pas au courant. Mais c’est également simplifié par le fait que je me trimballe avec ma chambre sur l’épaule et ça suscite plutôt l’intérêt et la curiosité… Et puis la quasi totalité des portraits sont des « One Shot ». J’aime cette idée de ne faire qu’une photo. C’est un luxe incroyable de nos jours. Il n’existe pas de photographe à ma connaissance qui ne fasse qu’une photo en numérique durant un shooting.

Quelle est l’étape que vous préférez dans la réalisation d’un shoot et pourquoi ?
Amener la personne avec moi développer la photo, et découvrir ensemble l’image apparaître dans le fixateur, puis juste après, dans la lumière des rayons du soleil. C’est tout simplement magique.

Comment vous préparez-vous pour un shooting ? 
Très mal. Tout dépend en fait. Si c’est pour une série, là je suis une idée et je m’y tiens en terme d’accessoires, d’angles de prise de vue… Mais sinon, j’aime bien naviguer à vue. Il est juste indispensable de ne rien oublier, sinon, c’est la catastrophe. Jamais arrivé pour l’instant.

©Pierre Wetzel – Maceo Parker, 2017

Avec ce type de procédé, on peut laisser faire l’inspiration du moment, ou vous restez sur ce qui était prévu au départ ?
Oui bien sûr, et je dirais même qu’on avance « ensemble ». J’aime discuter et proposer, mais j’aime aussi aller dans le sens des idées qu’on me soumet.

Comment on se renouvelle avec une technique « du passé » ?
Je ne sais pas trop comment répondre à ça. L’argentique (gélatino bromure d’argent) est aussi une technique du passé. Le numérique est déjà maintenant passé dans une technique du passé. Le renouvellement se passe par le photographe. C’est lui qui doit se renouveler, pas la technique. Elle est là, présente et prête à être utilisée. A nous de faire preuve d’imagination.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus ? 
Le portrait, les gens, le dialogue avec eux. C’est ça qui me fait vibrer. Fixer ce moment-là.

Et votre côté rock’n’roll, d’où vient-il ?
Je ne sais pas trop. En même temps, c’est vague cette notion de rock’n’roll… Toujours est-il que j’aime les choses qui ont du relief, crues et c’est la même chose en photographie. Les erreurs techniques, les surprises, les problèmes, sont autant de petites choses qui font tout mon plaisir dans mon travail. C’est ce qui permet d’avancer, de chercher, de recommencer, encore et encore. Le principal étant d’aller de l’avant, toujours !

©Pierre Wetzel, Hollysiz, 2018

Vous faites aussi un peu de numérique ou très peu ?
J’en fais, mais oui, très peu. J’ai un dinosaure, Nikon D300. Une bonne vieille rougne, mais ça me suffit. La course aux pixels, j’ai arrêté il y’a pas mal d’années déjà.

Pouvez-vous nous parler du livre Les rêves d’avant la route, longue série de portraits d’inconnus, symboles des migrations actuelles ?
Le livre est né d’une rencontre avec l’auteur Aurélia Coulaty qui est passée à mon atelier, il y a maintenant plus de trois ans. Ce thème nous tenait à cœur à tous les deux, le tout était de l’aborder de façon artistique. Pour essayer de sortir des sentiers battus. Rendre aux personnes un moment de leur vie, un rêve qu’ils avaient enfoui, caché, oublié, peut-être, quand ils étaient enfants, avant leur parcours migratoire. Un rêve comme tous les enfants sont amenés à en faire. Un long travail de deux ans, une goutte d’eau, mais une envie d’être bienveillant avec chacune de ces personnes. Proposer une alternative à tout ce qu’on peut entendre, lire ou voir dans les médias. « Flux, masse, vague ». Non, ce sont avant tout des personnes qui souffrent ou qui ont souffert. C’était notre manière de faire quelque chose.

©Pierre Wetzel, Les rêves d’avant la route

Psychologiquement, on sort comment d’un projet comme celui-là ? 
On en sort grandit, sûrement. Nous revoyons parfois certaines des personnes, dont une partie est venue plusieurs fois à des expositions ou des rencontres. C’est pour nous la plus belle des récompenses.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ? 
Un livre sur cinq années de portraits au collodion, majoritairement réalisés au Krakatoa. Beaucoup de travail en perspective…

Le mot de la fin ? 
Ne rien lâcher, jamais. Toujours aller de l’avant. Regarder en arrière, juste un peu, pour faire le bilan du chemin que l’on poursuit. Et puis dévier, prendre les chemins les plus difficiles, ce sont toujours les plus beaux.

En savoir plus sur Pierre Wetzel : site web / Facebook / Instagram 

©Pierre Wetzel – Opsa Deheli, 2018
Auteur

Journaliste, Curieuse, Baroudeuse, Couteau Suisse. Passionnée par le cinéma, la littérature, la photographie et la contre-culture. Bref, lire, écrire et courir, mais pas les trois à la fois parce que ce n'est pas pratique.

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