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Populaire (comme le tennis ou le football) ou plus méconnu (comme le curling et le roller derby), le sport passionne ses pratiquants et leurs spectateurs. Les sportifs sont au sommet de la concentration et prennent souvent des expressions extrêmes. Ce sont donc d’excellents sujets photographiques. Mais selon la discipline, l’environnement et même votre façon de rendre l’action, tous les paramètres changent ! Voici donc nos conseils généraux – à vous de les affiner selon vos goûts et votre pratique.

La vitesse fait l’action

Inutile de vous lancer dans la photographie sportive si vous ne comprenez pas l’impact de la vitesse d’obturation sur un cliché. Quelle que soit la discipline, une pose longue fait ressortir l’action par un flou de mouvement ; à l’inverse, une obturation rapide fige les gestes et permet de voir les moindres détails.

Aucune recette n’est intrinsèquement meilleure : un filé donnera une image plus dynamique, mais une scène figée peut mettre en évidence l’expression intense du sportif. En tout cas, il est important que ce soit votre choix et non un hasard.

Équitation : barrel racing
En équitation (ici, une compétition de barrel racing), même les jambes des chevaux sont généralement nettes au 1/400 s. © Franck Mée

Pour compliquer les choses, la gamme de vitesses varie énormément d’un sport à l’autre, et même d’une vue à l’autre. Par exemple, un cycliste qui arrive face à vous sera net au 1/200 de seconde, mais il faudra viser au minimum le 1/500 s pour éviter le filé lorsqu’il passe d’un côté à l’autre. Sur certains sports, notamment les jeux de balles, il faudra dépasser 1/2000 s pour figer l’action !

Balle de tennis floue au 1/500 s
Une raquette et une balle de tennis sont totalement floues au 1/500 s. Il faut monter au moins au 1/2000 s pour obtenir une image nette. © Franck Mée

Pour commencer, prenez donc une vitesse moyenne en fonction du sport. Puis, regardez votre première série de photos et accélérez ou ralentissez l’obturation, selon le rendu que vous désirez. Voici quelques valeurs indicatives :

  • course de fond, cyclisme, ski (de loin), équitation, automobile : filé au 1/125 s, net au 1/500 s
  • sprint, rugby, football, handball, athlétisme, gymnastique : filé au 1/250 s, net au 1/1000 s
  • tennis, tennis de table : balle floue au 1/1000 s, nette au 1/2000 s

Le dilemme du diaphragme

Si vous utilisez votre appareil en Priorité à la vitesse (S ou Tv), il adoptera de lui-même une grande ouverture. C’est idéal si vous faites le portrait d’un sportif : son expression ressortira d’autant mieux que la faible profondeur de champ attirera le regard du spectateur sur son visage. Mais dans le cas d’un sport collectif ou d’un peloton, vous n’aurez qu’un participant net ! Difficile alors de saisir les expressions de tous les rugbymen d’une mêlée. Impossible, également, de capturer en même temps le regard du tennisman et la balle qu’il vise.

Cyclisme par Markus Spiske
Du fait de la relativement grande ouverture, seul le deuxième cycliste est net. © Markus Spiske / Unsplash

Aussi, il est tentant de fermer le diaphragme afin d’étendre la profondeur de champ. Passez en mode TAv (si votre appareil en dispose) ou en mode M en activant la sensibilité automatique. Vous contrôlerez ainsi la vitesse et l’ouverture, tout en laissant le boîtier adapter l’exposition. Si vous êtes près de la route du Tour de France, fermer à f/11 devrait vous permettre de saisir toute la première rangée du peloton.

Sports d’intérieur et nocturnes

Vitesse élevée et diaphragme fermé vont dans le même sens : limiter la lumière capturée. Ce n’est pas gênant sur un stade à la mi-journée, mais en soirée, vous verrez la sensibilité ISO s’envoler.

Et, pire encore, il y a les sports en salle. Peut-être avez-vous la chance de posséder un D6 ou un Alpha 7S III et de photographier sereinement au-delà de 20 000 ISO. Mais si votre appareil est plus ordinaire, vous heurterez rapidement un mur.

Surfeur sautant de nuit
Le flash donne toujours une action figée. Mais, si un autre éclairage est présent, l’associer à une pose longue (ici 1/40 s) peut faire ressortir le mouvement. © Franck Mée

Le flash peut être pratique, mais il n’est pas toujours possible de l’utiliser. Parfois, vous êtes trop loin de la scène ; parfois, il gênerait les sportifs. Vous devrez alors faire des sacrifices. Par exemple, vous augmenterez l’ouverture, quitte à n’avoir qu’une seule tête nette dans un sport collectif. Vous accepterez un peu plus de flou de mouvement. Ou encore, vous vous résignerez à obtenir des clichés bruités et granuleux…

Dans cette situation, il est crucial de photographier en RAW. Vous aurez besoin des fichiers bruts pour optimiser la réduction du bruit sur chaque image, et même chaque zone de chaque image.

Roller derby
L’éclairage du gymnase a imposé de descendre au 1/125 s malgré la sensibilité poussée à 4000 ISO : impossible d’éviter le flou, il fallait laisser filer ! © Franck Mée

La rafale : utile ou pas ?

Cela paraît évident : en photo de sport, la rafale s’impose. Elle maximise les chances d’avoir l’instant idéal, celui où tous les éléments sont alignés. C’est d’ailleurs le premier argument que mettent en avant les fabricants d’appareils photo sportifs. Pourtant, certains photographes de sport ne l’utilisent que très rarement.

En fait, c’est une question de style et d’expérience. Si vous savez exactement quelle photo vous désirez, si vous connaissez parfaitement le sport en cours, si vous maîtrisez votre appareil à la perfection, vous aurez de meilleures chances de saisir l’instant décisif vous-même. Si, en revanche, vous débutez, si vous découvrez un nouveau sport ou des conditions inhabituelles, si vous voulez montrer l’ensemble de l’action sans savoir quel instant précis vous désirez, prenez la rafale la plus rapide dont est capable votre appareil et mitraillez !

Naturellement, ce choix dépend aussi de la cadence de votre rafale et du sport concerné. À 5 im/s, vous aurez probablement le moment où le genou du motard frôle le vibreur, mais vous raterez beaucoup de frappes en tennis ou en ping-pong. À 30 im/s, vous avez de bonnes de chances de saisir même les balles les plus rapides.

Photo de sport et autofocus

Il y a un livre à écrire sur ce seul sujet : la mise au point en photographie sportive. Pensez : la section consacrée aux sports dans le guide de réglage AF de l’Alpha 9 II fait déjà, à elle seule, une trentaine de pages si vous l’imprimez en A4 ! Et il s’agit d’un simple guide, qui ne rentre pas dans les détails…

Boxe par Jonathan Tomas
Les boxeurs tournent beaucoup. La détection de visage est alors précieuse pour éviter de devoir en permanence déplacer la zone de mise au point. © Jonathan Tomas / Unsplash

Comme principe général, vous aurez besoin de la mise au point continue la plus réactive que votre appareil propose. Les modes AF.C, AI Servo et similaires sont donc essentiels. Si votre boîtier intègre la détection des visages, activez-la : il est toujours préférable que la tête du sportif soit nette. Sinon, voyez vous-même si le mode suivi multizone ou flexible reste assez rapide à votre goût et s’il suit efficacement le sujet désigné.

Certains appareils, surtout un peu âgés, sont beaucoup plus réactifs en utilisant un collimateur unique. Dans ce cas, choisissez le point d’autofocus en fonction du sens de l’action. Placez-le sur votre sujet et suivez celui-ci du regard : vos mains devraient spontanément suivre le mouvement, et la mise au point devrait rester à l’endroit voulu.

Voiture de rallye
Pour pallier la lenteur de l’autofocus de l’appareil (un bridge Panasonic FZ30), j’ai fait le point manuellement sur un repère. © Franck Mée

Et la mise au point manuelle ? Elle peut être utile, lorsque vous savez précisément où sera votre sujet. Par exemple, pour saisir l’attitude d’un gymnaste au milieu de son saut, vous pouvez faire le point deux à trois mètres après le cheval. Cela peut permettre de pallier les limites de l’autofocus, surtout sous un mauvais éclairage ou avec des sujets difficiles à suivre. En revanche, vous n’aurez plus qu’une seule photo possible – à vous de bien la choisir…

Où se placer sur un terrain de sport ?

Cela nous amène au nerf de la guerre habituel en photographie : le placement et le cadrage. Un bon principe général : descendez et approchez-vous. Dans les stades, dans les gymnases ou au bord des routes, les spectateurs ont souvent un point de vue dominant, mais celui-ci écrase les sportifs. Une photo prise à leur hauteur, ou même en contre-plongée, a généralement plus d’impact.

Football par Lars Bo Nielsen
Un point de vue près du sol donne des images plus dynamiques. C’est particulièrement important en photographiant des enfants. © Lars Bo Nielsen / Unsplash

Selon les disciplines et le niveau de la compétition, vous pouvez vous positionner plus ou moins librement. Bien souvent, à l’échelon régional amateur, vous n’aurez pas de difficulté à vous installer directement au bord du terrain. Il en va de même pour les sports de pleine nature comme le cyclisme, le trec ou le rallye automobile. Les contraintes seront bien plus présentes dans les matches nationaux ou professionnels. Sans accréditation, vous serez souvent placé parmi les autres spectateurs, en hauteur.

Comme toujours, préférez avoir le soleil de dos, à moins de vouloir spécifiquement faire des silhouettes. Un placement de trois quarts face par rapport à l’action est généralement idéal. Vos photos montreront bien le sens du mouvement, mais vous pourrez aussi saisir les attitudes des sportifs.

Prudence avant tout !

Bien entendu, restez prudent, pour vous comme pour les sportifs. Soyez conscient des risques. Si vous y arrivez, cadrez les deux yeux ouverts : cela permet de mieux percevoir votre environnement, les distances et les trajectoires.

Un tennisman avant l'impact avec le photographe
À quelques centimètres près, ce tennisman en perdition aurait pu percuter mon appareil au lieu de s’accrocher délicatement à mon épaule… © Franck Mée

Pensez qu’une simple balle de tennis, sur un bon service, possède près du tiers de l’énergie d’une balle de pistolet .22LR ! Bien entendu, du fait de sa surface frontale importante, elle ne vous tuera pas, mais elle peut aisément détruire un objectif – et si vous avez l’œil collé au viseur, vous risquez un coquard spectaculaire !

Patience et entraînement

Enfin, comme pour tout style de photo, il n’y a pas de miracle : vous devrez vous y investir. Apprendre à connaître votre sujet est indispensable pour comprendre et anticiper les actions. C’est l’expérience qui vous apprendra quelle image est possible selon les conditions du moment. C’est aussi le temps passé au bord des pistes, des stades et des terrains qui vous permettra de faire connaissance, et donc de pouvoir approcher les sportifs sans les gêner.

Avoir la patience et la motivation de s’entraîner régulièrement : plus que tout autre conseil, c’est celui-ci qui permet à un photographe de sport de s’améliorer sur le long terme. Un authentique point commun avec ceux qu’il photographie.

 

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Sony A7S III
Nikon D6
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Auteur

Traducteur, journaliste, pilote privé. Passionné de photo et de cinéma, docteur en binge-watching, mais surtout fasciné par tout ce qui vole, du martinet au Boeing 747. Considère qu'un 200 mm, c'est un grand-angle.

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