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Le printemps arrive, et avec lui les premiers meetings aériens. L’occasion de voir un spectacle accessible, de sortir en famille, de profiter du beau temps… Et de relever ce défi : photographier un petit objet qui se balade dans le ciel à 500 km/h et à plusieurs centaines de mètres !

Bien préparer son meeting aérien

Pour bien profiter d’un meeting aérien, il est bon d’anticiper un peu. Il peut en effet réunir plusieurs milliers de personnes sur des lieux qui ne sont pas réellement prévus pour. Les accès sont donc souvent surchargés : prenez le temps de bien étudier les conseils d’accès, généralement disponibles sur le site de l’organisateur. Préparez votre arrivée, surtout en voiture, et prévoyez de bonnes chaussures : les parkings de l’aérodrome étant pris d’assaut, vous serez probablement garé assez loin.

Assis entre deux Cessna au meeting de Pons-Avy
Certains meetings sont accessibles en avion : si vous connaissez un pilote, pensez-y ! © Franck Mée

Naturellement, la météo guidera votre habillement. Prévoyez tout de même une marge de manœuvre : vous allez passer plusieurs heures en plein air, le nez levé. D’une part, même une bonne couche de nuages ne vous empêchera pas de prendre des coups de soleil ; d’autre part, même une petite brise peut s’avérer glaciale en fin de journée. Crème solaire, coupe-vent et belle quantité d’eau sont incontournables, une bonne veste et un chapeau sont toujours utiles. Vous pourrez trouver à manger sur place, mais il faudra généralement faire preuve de patience : prenez donc de quoi grignoter au cas où. Enfin, un tabouret pliant peut être pratique pour soulager dos et genoux…

Quel matériel photo ?

Au fil du temps, les normes de sécurité se sont faites de plus en plus draconiennes, éloignant les aéronefs du public. N’oubliez donc pas votre plus long téléobjectif ! Un 55-300 mm est une bonne base sur un appareil APS-C, et un 100-400 mm sur un plein format. Mais si vous visitez le coin des « spotters », vous trouverez bien des 150-600 mm montés sur des reflex APS-C !

La jeune fille au Bigma
Sur les meetings aériens, vous pourrez trouver des télézooms de deux kilos dans des mains d’enfants… © Franck Mée

Ces configurations ont tout de même un inconvénient : l’absence de grand-angle. Or, si bien des avions sont petits et lointains, vous n’échapperez pas au passage occasionnel d’un Airbus A380 ou d’un Boeing 777, pour lesquels un équivalent 200 mm sera souvent trop serré. Un plus grand-angle vous permettra également de restituer les « éclatements », lorsque les appareils d’une patrouille s’éloignent rapidement les uns des autres. Idéalement, vous aimeriez donc avoir un 24-1000 mm… mais avec un autofocus plus accrocheur que celui d’un bridge ! Beaucoup de spotters utilisent donc deux reflex, avec un télézoom et un transstandard, l’expérience leur permettant de savoir quand passer de l’un à l’autre.

Largage de sécurité d'un Canadair 415
Monté sur mon K-5, le 50-500 mm m’a permis d’enchaîner le gros plan sur le Canadair et le plan large montrant l’ensemble de la situation (équivalent 75 mm). © Franck Mée

Notez l’existence des très particuliers « Bigma », surnom affectueux des Sigma 60-600 mm et 50-500 mm. Montés sur un plein format haute définition, ils offrent une plage idéale pour couvrir un meeting aérien, des gros plans aux éclatements. Ils sont en revanche plus chers que leurs cousins 150-600 mm, et surtout plus lourds. Ils peuvent donc devenir fatigants à main levée — et un pied n’est guère pratique pour suivre un avion…

Le meeting aérien : de la photo de sport ?

Dans un meeting aérien, les sujets déboulent parfois à 900 km/h, passant d’un côté du photographe à l’autre en une seconde, et font des mouvements brusques dans les trois dimensions. D’instinct, vous classerez donc l’activité dans la photo de sport.

60 ans de chasseurs Lockheed : le Lightning et le Raptor
1/640 s par beau temps : la bonne recette pour une photo bien trop statique… © Franck Mée

Comme pour toute photo de sport, vous serez tenté de figer le mouvement en augmentant la vitesse d’obturation. D’autant plus qu’à 500 ou 800 mm de focale équivalente, vous aurez peut-être du mal à être stable ! Au-delà de 1/500 s, vos sujets seront probablement nets… voire trop.

Dynamiser l’image : injecter du flou

En effet, avions et hélicoptères ne changent pas de forme ou d’expression avec l’effort. Plus que les sportifs, ils souffrent donc d’un rendu « figé ». Aussi, pour les dynamiser, vous devez faire en sorte que la photo affiche leur mouvement. S’il y a une hélice, tant mieux : il suffit que ses pales soient floues pour obtenir un cliché plus vivant.

Bölkow Bo 105 en sommet de boucle
Au 1/250 s, les rotors commencent à être suffisamment flous pour dynamiser l’image. © Franck Mée

Pour les avions à hélice courants (du Cessna d’aéro-club au Spitfire de la Seconde Guerre mondiale), 1/250 s est généralement un bon départ. Ensuite, adaptez en fonction du rendu que vous désirez et de votre capacité à photographier votre sujet sans trembler. Plus l’hélice est grande, plus elle tourne lentement : pour un rotor d’hélicoptère ou un Airbus A400M, la bonne vitesse est souvent plus proche de 1/125 s.

Le filé dynamique

Le filé est un incontournable pour bien rendre le mouvement. Là encore, vous aurez besoin d’une obturation lente. Avec les focales utilisées, les photos seront rarement nettes. Activez donc la stabilisation de votre objectif ou de votre boîtier. Si elle en dispose, testez les modes dédiés aux filés : ils sont efficaces sur les passages de gauche à droite ou inversement.

Planeur DFS Habicht à l'atterrissage au meeting de la Ferté-Alais
Les arbres de la Ferté-Alais font un bon arrière-plan pour obtenir un agréable filé au 1/200 s. © Franck Mée

Le plus facile pour un bon filé aéronautique est d’utiliser l’arrière-plan au décollage ou à l’atterrissage. C’est particulièrement vrai à la Ferté-Alais, près de Paris : la forêt qui jouxte l’aérodrome fait un fond idéal. Vous pouvez également profiter d’un croisement entre deux appareils : en suivant bien l’un des deux, l’autre sera d’autant plus flou qu’il viendra dans l’autre sens.

"Percussion" entre deux Dassault Alpha-Jet de la Patrouille de France au meeting de la Ferté-Alais
Les « percussions » (croisements) sont une bonne occasion pour faire apparaître un flou de mouvement. © Franck Mée

Il est souvent plus difficile de faire ressentir le mouvement des avions en plein vol. Il faut généralement se contenter des fumigènes, mais certains nuages aux bords bien nets (cumulus) peuvent eux aussi donner de très bons fonds. Souvenez-vous qu’Howard Hughes, pour tourner Les anges de l’enfer, avait embauché un météorologiste pour savoir où trouver de beaux nuages !

Les Hawker Sea Fury et Hunter
Un fond nuageux peut également servir à réaliser un filé, ici au 1/200 s. © Franck Mée

La photo en meeting aérien : un exercice de portrait

Même ceux qui les cajolent amoureusement doivent le reconnaître : les aéronefs sont des machines. Pourtant, une bonne photo d’avion emprunte aussi aux règles du portrait.

Cessna 337 à la Ferté-Alais
Laissez de l’espace devant l’avion, comme devant un visage. © Franck Mée

Comme pour les voitures, utilisez le pare-brise comme le regard d’une personne. Laissez de l’espace à l’avant de votre sujet et préférez les trois-quarts face. Si l’avion est de profil, prenez-le plutôt lorsqu’il s’incline vers vous : cela donne l’impression d’une personne qui se retourne dans votre direction. Les meilleures démonstrations incluent d’ailleurs un « passage à l’anglaise », un large virage où l’avion est incliné vers le public, sous son meilleur profil.

Pensez à faire des « portraits en situation », où l’on voit l’appareil travailler. Ce peut être, comme plus haut, un bombardier d’eau larguant sur ses camarades terrestres, un hélicoptère déposant des commandos ou treuillant une civière…

L’humain dans la machine

Mais surtout, pensez que dans les aéronefs… il y a des gens !

Regard du pilote d'un de Havilland Dragon
Tentez de photographier le pilote : peut-être regardera-t-il les photographes ! © Franck Mée

Selon les conditions lumineuses et le type d’appareil, vous pourrez peut-être voir un ou plusieurs occupants. Si c’est le pilote et que vous arrivez à le capturer au moment où il regarde vers vous, vous aurez une photo que vos voisins de barrière n’auront sans doute pas ! Profitez également des roulages, surtout après l’atterrissage : beaucoup de pilotes ouvrent la verrière et saluent le public, une bonne occasion de réaliser un vrai portrait en situation.

Danielle Del Buono sur son Stearman
Il est plus facile de photographier certains passagers que d’autres ! © Franck Mée

Les vieux avions à cockpit ouvert sont particulièrement pratiques pour photographier leur pilote. Mais les généreuses surfaces vitrées des hélicoptères et les grandes verrières des planeurs fonctionnent également. Autre avantage : en vous concentrant sur la tête du pilote, votre suivi sera instinctivement plus précis qu’en regardant l’ensemble de la machine — et vos filés seront plus réussis.

Il y a un meeting aérien près de chez vous !

Pour les amateurs de meetings, un rendez-vous est incontournable : la Ferté-Alais, le week-end de la Pentecôte. Organisés sur les bases militaires (Cognac en juin 2020), les meetings de l’air sont également de grands spectacles qui méritent le déplacement. Certaines rencontres ont des thématiques : par exemple, Couhé-Vérac présente beaucoup d’avions de brousse, des monomoteurs de tourisme (Maule M-5, Cessna 180, Broussard, Piper Cub…) que vous aurez rarement l’occasion de voir sur les autres événements.

Maintenant, voici la bonne nouvelle : il y a forcément un meeting près de chez vous ! De mai à octobre, ils sont en effet nombreux, aux six coins de la France, souvent organisés par les aéro-clubs ou les CCI locales pour animer leur aérodrome. Une simple recherche sur Internet devrait vous fournir un choix d’événements régionaux. Le coût est souvent modique (certains sont même gratuits), les enfants sont bienvenus et souvent enthousiastes… Et vous pourrez vous y entraîner à photographier des sujets dont vous n’avez peut-être pas l’habitude !

Le Lt Oddon, sur Extra 330 SC, dessine un smiley au meeting de Sarlat
Certains ont une utilisation souriante des fumigènes ! © Franck Mée
Avatar de Franck Mée
Auteur

Traducteur, journaliste, pilote privé. Passionné de photo et de cinéma, docteur en binge-watching, mais surtout fasciné par tout ce qui vole, du martinet au Boeing 747. Considère qu'un 200 mm, c'est un grand-angle.

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